La rentrée littéraire 2010 : ma sélection de premier roman

Publié le 25 Août 2010

 

On les attend, on frémit d'impatience et puis inéxorablement, on est aussi déçue par certains... Cette année, 701 romans seront publiés sur la période allant de fin aout à mi octobre (85 premiers roman contre 87 l'année passée). Les sorties de la rentrée littéraire permettent avant tout d'espérer la sélection pour un prix... Ah la course aux prix...  

  • Antonia Kerr, Des fleurs pour Zoé, 2010 (Gallimard)

Richard, un new-yorkais sur le point de fêter ses soixante ans, sent la déprime le gagner. Sa femme Evelyn l’a quitté douze mois plus tôt, Manhattan l’ennuie, son travail aussi. Il décide de tout abandonner pour couler des jours tranquilles à Key West, dans une maison de retraite de luxe. Il rejoint la Floride par la route. Dans un bar, Richard tombe brutalement amoureux de Zoë, une serveuse de vingt-deux ans. Elle est insatiable à tous points de vue, drôle, insaisissable, joyeuse. Le couple quitte rapidement Key West pour fuir une tornade qui approche. Commence alors une errance burlesque durant laquelle se révèlent les antagonismes de ce couple bizarrement assorti. Pendant les haltes du voyage, quand Zoë n’épuise pas Richard par une libido volcanique, le sexagénaire appelle son psychanalyste. Il invoquerait presque Dieu, bien qu’il soit athée, pour comprendre ce qui lui arrive. Ses doutes sur cette relation remuante se mêlent à la nostalgie qu’il éprouve à se souvenir de son mariage gâché ou des rapports houleux qu’il entretient avec sa fille. Malgré tout, Richard et Zoë finiront par s’installer dans l’appartement de Manhattan, pour y vivre un bonheur tranquille – du moins pour quelque temps.
Un roman plein de verve et d’humour, truffé de dialogues savoureux, de notations pétillantes sur la vie, le sexe et l’amour... Antonia Kerr a commencé la rédaction de ce roman alors qu’elle avait à peine dix-sept ans. Sa maîtrise désinvolte charme et surprend, et laisse entrevoir un vrai tempérament d’écrivain.

 

  • Anne Berest, La fille de son père, 2010 (Seuil) 

Trois soeurs que la vie a éloignées se retrouvent chez leur père à l´occasion d´un dîner d´anniversaire. Dans la maison d´enfance, les souvenirs affleurent. Les gestes deviennent nerveux, les langues fourchent et les rancoeurs s´invitent autour de la table. Au dessert, un secret de famille est révélé. Une bombe à retardement qui va, sourdement, modifier le quotidien de chacune des filles. Un premier roman acéré, qui sonde les rapports doux-amers de trois jeunes femmes et d'un père.

 

  • Noémie de Lapparent, Bon baisers de la montagne, 2010 (Julliard)

Ne jamais faire confiance à quiconque souhaiterait faire votre bonheur malgré vous, sous peine d’être expédié en enfer ! Démonstration dans ce premier roman drôle, grinçant, loufoque, décalé, et totalement ébouriffant !

Rien de plus ennuyeux qu’une station de sports d’hiver quand on n’a pas les moyens de se payer ni les remontées mécaniques ni la location de skis. Pourtant, « Péril rouge », ainsi que la surnomme ses amis, a fini, faute de mieux, par accepter l’invitation de ses cousins. Un soir, elle apprend l'existence d'un garçon étrange, vivant dans un chalet non loin de là, que ses parents ont tenu enfermé dans un placard depuis sa naissance. Le jour de sa délivrance, à la mort de ses tortionnaires, Paul K., devenu adulte, a choisi de continuer à vivre seul dans sa ferme alpine, sans jamais mettre le pied dehors. Auprès des habitants de la région, il jouit désormais d’une réputation de sage et malgré son isolement, on lui prête une connaissance profonde des sentiments humains ; on vient le consulter dans la détresse et chacun en ressort réconcilié avec lui-même. La jeune femme, elle, a toujours été attirée par les mystiques. C’est décidé : Paul K sera son guide. Au terme d’une expédition calamiteuse, bien qu’exaltante, Péril rouge parvient enfin à rencontrer l’énigmatique ermite de la montagne. Mais rien ne se passe comme prévu…

Si dans un premier temps on est séduit par la cruauté, l’autodérision et l’humour (noir) qui conduisent ce récit, on s’aperçoit très vite qu’une réflexion profonde se cache derrière le comique de situation. « Bons baisers de la montagne » évoque le rôle du fantasme dans la rencontre amoureuse, interroge les limites de la prise de pouvoir sur la vie d’autrui. Des thèmes d’une grande originalité qui font de ce roman une comédie à la fois haletante et subtile dont le dénouement inattendu n’a pas fini de nous faire réfléchir !

 

  • Erwan Larher, Qu'avez-vous fait de moi?, 2010, (Michalon Eds)

À 28 ans, Léopold Fleury, jeune urbain surdiplômé, continue à végéter entre contrats précaires et rêves de gloire littéraire, sourd au conseils de son entourage. Un jour, Richard, un des ses anciens condisciples reprend mystérieusement contact avec lui. Vont alors faire irruption dans la vie de Léopold deux agents très spéciaux, apparement aux trousses d’un Richard également poursuivi par une organisation énigmatique et son implacable tueuse. Pourtant, Léopold va bientôt se désintéresser de cette histoire : ne vient-il pas d’être engagé par une chaîne de télévision ? Il va enfin pouvoir mener la belle vie, argent et filles faciles dans les repaires nocturnes du Tout-Paris. Quand il accepte l’impensable proposition de son médiatique patron, le scénario se son existence s’emballe. Les seconds rôles tombent le masque, les amours d’antan prennent les armes, un gigantesque complot s’ourdit dans l’ombre, Léoplod perd pied, la réalité abandonne son air suffisant et révèle ses failles. Mais à la fin, il faut toujours un coupable ... Entre fantasme et réalité, Léopold découvre un abîme où il va basculer. Pris dans un engrenage infernal, il décide de livrer un combat héroïque. Mais pour prouver qu’il est un homme de bien, il doit laisser des cadavres sur le bord du chemin.

Erwan Larher a 39 ans. Qu'avez-vous fait de moi ? est son premier roman.

 

  • Jean-Philippe Megnin, La voie Marion, 2010 (Le Dilletante)

C’est à Chamonix que Marion a ouvert sa librairie. C’est à Chamonix, également, qu’elle a rencontré celui qui va devenir son mari, un guide de haute montagne. C’est d’ailleurs en montagne que Marion s’épanouit. Mais alors qu’elle croit avoir enfin atteint l’apogée du bonheur, son quotidien, tout doucement, s’assombrit. On découvre avec un plaisir profond l’humour et la chaleur, le charme et l’acuité du regard de Jean-Philippe Mégnin. Voilà un roman certes sobre quant à l’intrigue, mais riche en témoignages psychologiques, tant le romancier n’épargne aucun détail, aucune nuance pour donner l’impression de la réalité vivante. « C’est en fin d’après-midi que ça s’est passé. J’avais laissé la librairie à ma vendeuse, et j’étais venue me rafraîchir à la terrasse de l’M, ma brasserie préférée, pas encore trop pervertie par le culte du touriste ignare et de l’argent facile qui gangrène Chamonix. C’est elle qui les a envoyés là, allez voir, elle a sûrement été boire une orange pressée avant d’aller faire ses courses… Lui ? Ben il est en montagne, avec une météo comme ça, vous pensez… Ils sont tous en montagne, les guides… Je n’en sais rien, moi, quand il rentre… Elle, elle doit bien le savoir, elle vous le dira… Mais dites, c’est vraiment sûr, qu’il n’y a rien de grave ? » Beauté des paysages découpés, beauté aussi de cette héroïne, Marion, plénitude de sa liberté et pudeur de sa douleur composent la délicate palette, l’univers maîtrisé de ce premier roman.

 

  • Maud Basa, La seule, 2010 (Denoël) 

Pourriez-vous arrêter svp, ce n'est pas la peine de l'appeler, fini c'est fini, bien vouloir noter, du large, de l'air, les sommations ont été données, pas reçues? au loin s'en vont les nuages, la voie est libre la porte ouverte le monde est vaste, allez-y voir, on vous l'a déjà dit c'est fini c'est décidé... Perluète a tout perdu. Il est parti, l'a quittée. Elle est désormais seule. Elle marche, dans un paysage inconnu, totalement nouveau. Seule, ou unique? Une écriture originale, sensible, pudique et drôle, pour évoquer la séparation, l'amour perdu. 

 

  • Hélène Gremillon, Le confident, 2010 (Plon)

Paris, 1975. Au mileu des mots de condoléances qu'elle reçoit après le décès de sa mère, Camille découvre une curieuse lettre envoyée par un expéditeur inconnu. Elle croit à une erreur, mais ... Tous les mardis, une nouvelle lettre arrive, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés, jusqu'au dénouement final qui va tout emporter sur son passage. Peu à peu, Camille agence les pièces du puzzle et comprend que cette histoire la concerne.

 

  

 

Rédigé par Asfodèle

Publié dans #Expression libre

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article