David Foenkinos : "Lennon"

Publié le 28 Octobre 2010

David Foenkinos propose une biographie sensible et tourmentée de Lennon. Son roman, car oui, il s'agit bien d'un roman où il sème et distille de petites météorites de fantaisie, s'attache aux cinq dernières années de la vie de "Monsieur Paix".

 

De l'enfance chaotique du futur leader du groupe, aux derniers jours précédants son assassinat, John raconte tout à son psy. David Foenkinos devient alors le médium de ces confessions horizontales. Que ce soit, l'humour de l'auteur ou ce lui de Lennon, le lecteur passe un bon moment en compagnie de ces deux hommes reliés par la musique et les mots.

Le lecteur de cet auteur retrouvera aussi avec plaisir: les deux polonais, la passion des dictionnaires,la Suisse, les films suédois déprimants, Belle du seigneur et l'infidélité... 
 

Yoko Ono fascine autant John que l'auteur et on découvre de jolies formules pour souligner cet amour absolu et inévitable où le couple mythique n'était plus qu'une personne: "Yoko est moi" disait Lennon. La première rencontre entre John et Yoko est abordée avec la décilatesse qu'on connait de David:

 

"Cette première heure de frustration a facilité la détente des heures suivantes. Je crois que j'aurais été complètement terrifié à l'idée d'accueillir Yoko tout seul. Elle n'était pas une femme mais un monde."  p.181

 

Et plus loin encore, comment il passe de Cynthia sa femme à Yoko sa flamme. Un peu salaud, le John, quand même non?

 

  "Elle a sûrement compris immédiatement que tout était fini. La mise en scène de notre petite tragédie familiale, je m'en rends compte maintenant, était d'une brutalité sadique. Mais qu'y avait-il à dire? Il n'y avait pas de mot. J'avais rangé tous les dictionnaires pour être libre d'aimer."  p.183

 

Mais de cet amour fusionnel sont aussi nés l'enfermement et Sean. Deux évènements opposés qui ont marqué le Beatles en perpétuel recherche d'apaisement.

David Foenkinos réussi le très joli pari de faire de l'icône moderne, un homme accessible, sensible et sulfureux! L'image n'est pas d'Epinal et heureusement!

 

 "J'étais le mec le plus baisable du monde, alors bien sûr que je devais en profiter. Et puis franchement, c'était techniquement impossible d'être fidèle. J'avais tout le temps une fille à genoux devant moi. Pourtant, je me sentais toujours un peu coupable. J'avais été élevé avec des principes et je les saccageais. Mais... quel homme peut refuser toutes les femmes?"  p.142

 

Et pour vous mettre en appétit voici un extrait: la première visite des Beatles à New York.

“ Vous n'avez jamais mis les pieds dans un pays, et des milliers de personnes sont là à vous attendre. Dans le froid, dans la nuit, peu importe. Les aéroports étaient le lieu des premières scènes d'hystérie. Parfois, j'ai pensé que ce n'était pas possible. Ce que je voyais ne pouvait être qu'une distorsion de mes iris. Le vêtement de mes hallucinations. Mais non, tout ça était bien réel. Aussi réel que je suis là à vous parler. En arrivant à New York, j'ai levé le bras pour saluer la foule. J'étais un chef d'Etat, j'étais la reine d'Angleterre devant ses troupes. On nous a précipités dans une salle. Avec des centaines de journalistes. Des milliers, peut-être, je ne sais pas. Il aurait pu y avoir le début de la Troisième Guerre mondiale ce soir-là que personne n'en aurait parlé. Tous les Américains voulaient nous découvrir. Ils voulaient savoir comment on parlait, comment on bougeait. On a été grandioses. On était vraiment drôles en conférence. Notre humour a joué dans la Beatlemania. Je ne sais pas comment on faisait, mais il n'y avait jamais de blanc. A chaque question, l'un de nous trouvait quelque chose à dire, une blague ou je ne sais qoi. Je me souviens qu'on nous avait demandé si on aimait Beethoven, et Ringo avait répondu : "Oui, surtout ses poèmes."


Après la conférence, on a quitté l'aéroport en Cadillac. Pour aller au Plaza. Sur la route, les filles continuaient de crier. Une fois à l'hôtel, dans notre chambre, on a trouvé ça dingue de voir autant de chaînes à la télévision. On est restés au moins une heure, fascinés, à regarder tous les programmes possibles. Pour nous, c'était là le symbole ultime de la démesure. Mais il fallait rester concentrés. On devait affronter un défi majeur : l'Ed Sullivan Show. Cette émission était la Mecque. Fallait pas qu'on se plante. Et ça a été énorme. En quinze minutes, l'Amérique entière nous connaissait. Les parents inquiets de l'hystérie de leurs enfants ont été rassurés de nous voir. Surtout le visage poupin de Paul. Je suis certain que notre succès vient de là : nous étions comme une folie maîtrisée. Une révolution douce. Nous étions à la fois subversifs et respectueux. C'était comme s'introduire dans une maison, baiser la fille au premier étage, mais avant de faire tout ça, on aurait pris soin de bien s'essuyer les pieds sur le paillasson. ” p.140-141

 

Bref, un roman qui m'a fait découvrir les Beatles à travers le personnage mythique de John Lennon. Une belle réussite!

 

à noter dans vos agendas:

 

David Foenkinos

(accompagné d'Amanda Sthers qui présentera son "Liberace" paru dans la même collection chez Plon) 

sera à la librairie Kléber de Strasbourg le 9 novembre à 17h30

(ça tombe bien quand on sait que le 9 était le chiffre fétiche de Lennon!)


lennon

Rédigé par Asfodèle

Publié dans #roman français

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P
<br /> <br /> Ce K est un cas!<br /> <br /> <br /> génial, non?<br /> <br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> ;-)<br /> <br /> <br /> <br />